
Dernière Grande Dame du Béguinage princier de la Vigne à Bruges, ville dans laquelle elle nait, Geneviève de Limon Triest est la deuxième de six enfants. Sa famille aristocratique la destine à une vie religieuse et l’insère dans le pensionnat des Dames du Sacre-Coeur à Jette (commune de la région Bruxelloise).
Au moment du choix de la communauté de vie, après des demandes infructueuses auprès des Soeurs de Saint-Vincent de Paul et des bénédictines de Maredret, c’est enfin le béguinage de Bruges qui l’accepte en 1896.« À cette époque, les béguines de Bruges sont issues des familles aristocratiques ou de la haute bourgeoisie de la ville » (p.39)
Alors qu’au XVe siècle le béguinage comptait 150 béguines, la Grande Dame Geneviève se trouve à la tète d’une communauté vieillissante d’une dizaine de femmes. Préoccupée d’éviter que la communauté ne s’éteigne, elle trouve un allié dynamique dans Rodolphe Hoornaert, le curé nouvellement nommé du béguinage, ensuite futur chanoine, et dans des moines de l’abbaye de Saint-André.
Va ainsi être lancée une vaste campagne de recrutement, culminée à l’occasion du 700e anniversaire du béguinage, en 1925. Cependant le résultat ne rencontre pas les attentes.
Surgit alors l’idée d’une autre orientation: le béguinage va changer de statut et accueillir des religieuses françaises de la congrégation de Saint-Benoît de Nîmes. En 1927, une nouvelle congrégation (Filles de l’Église) nait de la fusion des deux. Geneviève devient la première prieure du monastère, mais on continuera de l’appeler « Madame », comme cela avait été le cas pendant 700 ans. Pourtant, «elle ne vit pas parmi la communauté, mais habite, avec sa domestique une maison dans l’enceinte du béguinage »(p.42). Après une période de tensions communautaires, après la seconde guerre mondiale la nouvelle communauté devient un centre d’étude et de réforme liturgique. En 1949 la nouvelle congrégation «Filles de l’Église» est reconnue par le Vatican et en 1962 par l’ordre bénédictin. Elle est rejointe par des dames de divers pays européens.
Pour pallier l’état piteux du béguinage, 1924 est fondée l‘ASBL Béguinage princier de la Vigne dont Geneviève devient la présidente. Dans les transformations qui suivirent une partie du béguinage se transforma en vrai monastère. En 1935, l’Abbé Hoornaert obtient de l’Assistance Publique un droit de location pour 99 ans. Les architectes (Joseph et son fils Luc Viérin) chargés de la rénovation construisent «un monastère comportant clôture, salle capitulaire, bibliothèque, réfectoire, cuisines, cellules…» (p.45). En 1939 le béguinage est reconnu comme site protégé et peut ainsi bénéficier des subsides de la Ville.
Le 4 octobre 1947, Geneviève de Limon Triest fête son jubilé d’or. Dans le livret de son jubilé on lit : «Au-dehors elle conduit son troupeau, au-dedans Dieu la conduit». En 1955 elle passe le témoin à la prieure Geneviève de Vanier. Elle décède en 1971 et est enterrée dans la parcelle réservée aux religieuses dans le Centrale Begraafplaats de Bruges.
Source : Benoit Kervyn de Volkaerbeke, Geneviève de LimonTriest, figure incontournable di Béguinage princier de la Vigne à Bruges, dans Bulletin de la noblesse du Royaume de Belgique, n.323, juillet 2025
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