Portraits de leurs admirateurs

Dans cette rubrique sont répertoriés les biographies des plus célèbres admirateurs, et de ce fait aussi protecteurs, des béguines. Tout comme pour les portraits des béguines, ici aussi la liste sera toujours incomplète et inachevée. Les noms des unes et des autres sont en général  présentés dans la langue originale

Commençons par rappeler que c’est grâce à des hommes, parfois anonymes, que nous avons pu connaître les « vitae » des béguines ci-après citées avec leur biographe(e) associé(s) :

Beguine                                                     Biographe(s)
Marie d’Oignies (+1213)                      Jaques de Vitry et Thomas de Cantimpré
Odilia di Liegi (+1220)                         Chanoin  anonyme de St Lambert de Liège
Juetta di Huy (+1228)                           Prémontré  Hugo de Floreffe
Christine de Saint trond (+1228)      Thomas de Cantimpré
Christine de Stommeln (+1312)        Pierre de Dacie
Ida di Nivelles (+1231)                          Goswin de Bossut, Cistercien
Ida di Leuven (+dopo il 1231)            Anonyme Cistercien
Margherita d’Ypres (+1234)              Thomas de Cantimpré
Julienne de Mont –Cornillon (+1259) clerc anonyme de St Martin de Liège
Ida di Gorsleeuw (+dopo 1262)       Anonyme Cistercien
Beatrice di Nazareth (+1268)           Anonyme   Cistercien

Voici une première liste de leurs admirateurs-protecteurs. En cliquant sur leur nom, vous trouverez pour chacun d’eux une brève biographie  :

Adolphe de la MARCK (1288-1344)

Cesarius de HEISTERBACH (1180-1240)

Dieudonné DUFRASNE(1938-2017)

ECKHART Maître (ca 1260-1328)

Foulque de TOULOUSE (ou de MARSEILLE) (c.1155-1231)

Geert GROTE (ou GROOTE) (1340-1384)

Goswin de BOSSUT (XIII°)

Guiard de CRESSONESSART ( XIII- XIV°)

Guido de NIVELLES (+1227)

Hugues de PIERREPONT (+ 1229)

Jacques PANTALÉON (1195-1264)

Jacques de VITRY (1170-1240)

Jan van RUUSBROEC (1293-1281) (aussi RUYBBROECK ou RUESBROEC)

Jean de NIVELLES (+ peu après 1219)

Lambert LE BEGUE (1131 – 1180 ou 1187)

Louis IX (saint) (1214-1270)

Louis MASSIGNON (1883-1962)

Mario (don) SENSI (1939-2015)

Pierre de DACIE (entre 1230-40 – 1289)

Robert de SORBON(1201-1274)

Thomas de CANTIMPRÉ (+1272)

 

Adolphe de LA MARCK (1288-1344)
Evêque de Liège, il protège les béguines par des pressions auprès du pape Jean XXII et par ses initiatives en leur faveur dans son diocèse. Le 13 aôut1318, sous la pression de généreux protecteurs (dont l’évêque Adolphe de La Marck lui-même), Jean XXII par sa bulle « Ratio recta » lève la condamnation promulguée six ans auparavant pour les béguines installées aux Pays Bas et dans le pays de Liège

Cesarius de HEISTERBACH (1180-1240)
Abbé et écrivain allemand, il est prieur de l’ancienne abbaye cistercienne d’Heisterbac. Césarius a parlé des béguines en des termes très élogieux, comme le relate Walter Simons dans son ouvrage  Cities of Ladies  : “Césaire de Heisterbach, un moine cistercien vivant dans la région de Cologne et bien informé sur les événements dans les Pays-Bas, a affirmé que «bien que ces [saintes] femmes, que nous avons connues pour être très nombreuses dans le diocèse de Liège, vivent parmi les gens portant des vêtements laïques, elles surpassent encore beaucoup de cloîtres dans l’amour de Dieu. Elles vivent la vie érémitique parmi les foules, spirituelle parmi les mondains et virginale parmi ceux qui cherchent le plaisir. Comme leur bataille est plus grande, leur grâce aussi, et une plus grande couronne les attend” (p.35)

Dieudonné DUFRASNE (1938-2017)
Dieudonné Dufrasne était né en 1938 à Cuesmes dans le Borinage charbonnier. Devenu moine bénédictin en 1959 et puis ordonné prêtre en 1963, Dieudonné était l’un des fondateurs du monastère de Clerlande où le 27 octobre 2017 ont eu lieu ses funérailles. Là il s’était particulièrement consacré au renouvellement de la liturgie, mais aussi à l’animation de groupes et à l’accueil généreux  dont j’ai pu aussi bénéficier au moment  de mes recherches sur les béguines. Son nom restera lié à la publication en 2007 de Libres et folles d’amour, l’un des premiers ouvrages de divulgation sur le mouvement béguinal, successivement traduit en italien avec le beau titre « Donne moderne del Medioevo » (Femmes modernes du Moyen Age). Un livre où l’on découvre sa profonde admiration pour l’audace amoureuse des béguines et où il en dépeint en particulier trois d’entre elles : Mechthild de Magdebourg, Hadewijch et Marguerite Porete. Dieudonné a été  « Un homme de Dieu à hauteur d’homme. Sa douceur, son intelligence, sa parole juste expriment combien lui tenait à cœur le fait d’être témoin d’un Dieu qui se fait chair dans nos joies et nos peines » écrit Marcela Lobo dans l’un des 52 hommages .

ECKHART Maître (ca 1260-1328)
Son prénom était peut-être Jean, il était né à Hochheim, en Thuringe, vers 1260, d’une famille de la petite noblesse. Il entre dans l’ordre Dominicain et fait son noviciat à Erfurt, puis en 1285 il est envoyé au quartier général Dominicain à Cologne, là où avaient enseigné Albert Le Grand et Thomas d’Aquin. Le 18 avril 1294, il est à Paris en tant que lecteur des Sentences de Pietro Lombardo, la première mission d’enseignement, en vertu de laquelle il obtient la licence pour son doctorat en théologie, condition pour une chaire. Tout comme Thomas d’Aquin, il a aussi été 2 fois magister actu regens, ordinariat de l’Université de Paris. La dernière phase de son enseignement se tient à Cologne. Il a écrit en langue vernaculaire 4 traités et environ 120 sermons.
Maître Eckhart était également un homme de gouvernement: de 1294 à 1298, il est prieur du couvent d’Erfurt et vicaire de Thuringe; en 1303, prieur provincial de la province dominicaine de Saxe. Puis en 1307 de celle de Bohême et en 1324 à Strasbourg il occupe le poste de vicaire général avec juridiction sur les monastères féminins de son Ordre.
Grand prédicateur, il fut accusé de prêcher aux laïcs en allemand les grandes réflexions théologiques. À la suite d’une plainte de deux dominicains, calomniateurs et intrigants, qui remettaient en cause sa prédication, l’archevêque de Cologne, Henri II de Virnebourg, en 1326, ouvre un procès d’inquisition contre Maître Eckhart. Celui-ci qui fait appel au Siège Apostolique d’Avignon, où le procès aura lieu et où il va se rendre, mais il meurt en 1328 pendant le voyage. Le 27 mars 1329, le pape Jean XXII promulgue la Bulle In agro dominico, par laquelle il condamne vingt-huit propositions tirées de ses œuvres.
Grande figure de la mystique rhénane, durant le dix ans de son mandat de Vicaire général de l’ordre Dominicain à Strasbourg, il protège les béguines et intervient en leur soutien. Par après, il fréquente assidûment le béguinage de Cologne. Comme le note Jacqueline Keulen dans son livre sur Hadewijch, Maître Eckhart a tiré de nombreuses inspirations à partir de la mystique béguinale qu’il a pu ensuite développer (approfondissement de la vie intérieure, union contemplative sans intermédiaires, divinisation, anéantissement dans l’Un, …).

Foulque de TULOUSE (ou de MARSEILLE) (c.1155-1231)
Il nait à Marseille d’une famille provenant de Gênes. Après avoir été marchand et troubadour, il devient moine cistercien après que son amour pour Eudoxie de Montpellier n’a pas trouvé de correspondance. Ainsi, en 1195 il écrit son dernier poème et entre dans les Ordres. Il sera ensuite évêque de Toulouse et participera à la croisade contre les Albigeois. Il s’échappera à Liège et sera très frappé par les béguines qu’il portera en exemple. Provisoirement réfugié à Oignies, il insiste auprès de Jacques de Vitry afin qu’il écrive la Vie de Marie, car il la considère “defensor Dei” et instrument efficace dans la lutte contre les Cathares. Jacques de Vitry lui dédie donc cet œuvre.

Geert GROTE (1340-1384)
Chanoine et notable dans la ville hollandaise de Deventer, Geert Grote connaissait très bien le monde des béguine et très probablement il s’en est inspiré pour la fondation de la Devotio Moderna, mouvement de frères et sœurs de la vie commune, orienté vers un christianisme pauvre, personnel et laïc qui connut un important succès en Belgique, Hollande et Allemagne et qui est considéré l’une des anticipations de la Réforme. Les Sœurs de la Devotio étaient surnommées béguines, mais à différence des celles-ci elles vivaient en communauté de biens (Charles Caspers, Breda, 2017).
Grote avait en grande estime les béguines qui tout en ne prononçant pas des vœux perpétuels vivaient en simplicité évangélique et n’étaient certes pas moins que les religieux.

Goswin di BOSSUT (XIII°)
Cistercien de l’abbaye de Villers il est présumé être l’auteur de la Vita de Ida de Nivelles et peut-être d’autres biographies aussi. En effet, des contacts intenses, informels non institutionnels, existaient entre les moines de Villers et les béguines de la région de Nivelles-Oignies.

Guiard de CRESSONESSART ( XIII- XIV°)
Religieux du diocèse de Beauvais, il fut emprisonné en 1308 et condamné en 1310 à la prison à vie pour avoir aidée et pris la défense de Marguerite Porete. Romana Guarnieri écrit à son propos : « Courageux défenseur de la « vie apostolique », il se déclare envoyé par le Christ pour soutenir et sauver les fidèles qui ont tout donné et vivent en parfaite pauvreté, et qui de ce fait sont persécutés »

Guido de NIVELLES (+1227)
Prêtre, beau-frère de Marie d’Oignies, il fut le chapelain de la léproserie de Willambroux, lorsque Marie et son mari s’y trouvaient aussi. Ensuite il célébra les offices dans la proche communauté béguinale et ce jusqu’à sa mort en 1227.

Hugues de PIERREPONT (+1229)
Prince évêque de Liège de 1200 à 1229, il accueille et promeut le mouvement pénitentiel féminin dans son diocèse, dont Marie d’Oignies est l’une des figues les plus connues.

Jacques PANTALÉON (1195-1264)
Ancien archidiacre de Liège , il était un grand admirateur de Julienne, béguine-récluse de Mont-Cornillon, ensuite moniale augustinienne, qui à la suite d’une vision promeut la Fête du Saint Sacement. Il soutiendra cela auprès de l’alors évêque de Liège, Robert de Thourotte. Devenu par la suite lui-même pape Urbain IV (1261-64), par sa bulle «Transiturus de hoc mundo», en 1264, il officialisera la fête Dieu en la prescrivant. à toute l’église.

Jacques de VITRY (1170-1240)
Originaire de Vitry-sur-Seine (Reims), curé d’Argenteuil, « magister parisiensis », chanoine régulier de Saint Nicolas d’Oignies,  archevêque d’Acre (1216), auxiliaire du Prince-évêque de Liège, cardinal évêque de Frascati (1228), il meurt à Rome en 1240. Il accompagna les croisés au siège de Damiette (1218).
Grand défenseur des béguines, il contribua à les soutenir et à les faire reconnaître par l’autorité ecclésiastique. Jacques de Vitry fut frappé par la figure de Marie d’Oignies, dont il écrit une « vita »  en vue de la béatification. Il était parti de Paris, où il était maître en théologie. «Fatigué d’études arides et de mondanité et assoiffé de vie intérieure, il avait fini par s’établir  à ses (de Marie) cotés, comme chanoine du petit et très pauvre prieuré augustinien » (Romana Guarneri, Donne e chiesa tra mistica e istituzioni, p.76). Profondément touché par sa sagesse, il abandonna l’enseignement pour devenir un humble prédicateur itinérant. Désormais Marie sera l’inspiratrice de tous ses sermons. Pour Jacques des femmes comme Marie pouvaient sauver la chrétienté de la menace hérétique

Jan van RUUSBROEC ou RUYSBROEC ou RUYSBROECK (1293-1381)
Il fréquente de près le milieu béguinal, car sa mère passe les dernières années de sa vie dans le béguinage de Bruxelles, après avoir quitté le village de Ruysbroeck pour être près de son fils qui allait devenir prêtre à la Cathédrale Ste Gudule de Bruxelles. Ruysbroeck lui-même  prend la charge spirituelle d’une communauté de béguines de Bruxelles. Après 20 ans de services paroissiaux, il se retire à Groenendal avec deux autres compagnons pour vivre une vie plus contemplative. « Quand on la replace dans le tableau de l’époque, la fondation de Groenendal peut apparaître comme autre chose qu’un désir de vivre une vie spirituelle loin des tracas et des charges paroissiales. C’était prendre la voie juste entre la corruption du clergé et l’égarement des fous d’amour rompant avec l’Eglise ». (source : Claude-Henri Rocquet, p.45). En effet, ainsi s’exprime Ruysbroeck dans son Du tabernacle spirituel : « Voyez les princes de l’Eglise et dites-moi s’ils sont des bons pasteurs. Leurs palais sont emplis de serviteurs. Chez eux abondent grandeur et puissance, richesse du monde. Leur table croule de mets et de nectar, leurs armoires et leurs coffres sont pleins de vêtements précieux et de bijoux, ils ont à foison tout ce que la terre offre de plus magnifique. Mais ils n’en ont jamais assez et plus ils reçoivent plus ils en veulent. Ils sont pareils au misérable monde affamé toujours de biens terrestres parce qu’il n’a pas le goût de Dieu ».
Plusieurs traits de sa spiritualité sont de source béguinale. Paul Verdeyen affirme « qu’il a dû être fortement influencé par les écrits de la béguine Hadewijch et on peut même affirmer que Ruusbroec et des confrères de Groenendael ont « sauvé » la « postérité » littéraire de Hadwijch. Car quiconque connaît l’histoire des écrits féminins de cette époque, sait que la béguine Hadwijch a dû faire face à des nombreux problèmes ». Doux, humble, lumineux, solitaire, c’est Denys le Chartreux qui, au XV, le surnomme l’Admirable pour la profondeur et la quantité de ses œuvres écrites en langue maternelle, le thiois, l’ancien néerlandais.
Une lecture bien différente nous est donnée par Jacqeline Kelen qui lui reproche d’avoir « pillé » Hadewijch sans l’avoir citée une seule fois.(Sources : Les activités de Ruusbroec à Bruxelles, conférence donnée par Paul VERDEYN s.j. le 14 février 1998 et Claude-Henri ROQUET, Petite vie de Ruysbrouck, Desclée de Brouwer, Paris, 2003 – Jacqueline KELEN, Hadewijch d’Anvers ou la voie glorieuse, Albin Michel, 2011).

Jean de NIVELLES (+ peu après 1219)
Figure importante du milieu ecclésiastique de Liège, il se retira ensuite, entre 1215 et 1219, dans le prieuré de Oignies. Il eut une considérable influence sur le développement du premier noyau béguinal à Liège, sans en être pour autant le fondateur. Jacques de Vitry disait de lui qu’il était la lumière, le maître et le père spirituel de l’entier diocèse.

Lambert LE BEGUE (1131 – 1180 ou 1187)
Prêtre liégeois duquel certains ont fait erronément dériver le nom de «béguines», mais dont il serait plus correct  de croire que l’épithète « le bègue » lui vienne du fait de sa protection accordée aux béguines. Il fut même considéré fondateur du mouvement béguinal à la suite d’une idée jaillie en milieu clérical autour de 1250 pour en affirmer la prééminence masculine. D’après le professeur D’Haenens l’épithèe Bègue s’orthographiait Bège et faisait allusion au vêtement en laine naturelle que portaient Lambert et ses disciples. Il fut arrêté, maltraité et enfermé au château de Revogne-lez-Rochefort, puis conduit en prison à Rome pour avoir prêché contre les scandales et les simonies de l’église de Liège. Il semblerait qu’il ait envoyé au pape Calliste III un texte critique – l’Antigraphum Petri (la défense de Pierre)– dénonçant le laxisme des prêtres de Liège. En ces temps, beaucoup de chanoines vivaient ouvertement avec leurs épouses.
La traduction en langue vulgaire des Actes des Apôtres (traduits en rime afin que les analphabètes puissent les mémoriser plus facilement), de quelques textes du Nouveau Testament et des Vies de Saints, dont la vie de sainte Agnès, lui vaudra aussi une condamnation et la prison. Mais rétabli par le Pape Calixte III auquel il avait envoyé une apologie en sa défense, il revint à Liège où il mourut peu de temps après (en 1180 ou 1187 selon les sources). Peu avant sa mort, il aurait fait bâtir de ses deniers une église à St Christophe et quelques petites maisons destinées à accueillir des filles désireuses de vivre, sous sa direction, hors du monde, ou, comme d’autres disent, une maison de retraite pour femmes seules, veuves des croisés. (sources :  J.Delmelle, Lemmens, p. 103-105, Simons)

Louis IX (saint) (1214-1270)
Il dévient roi de France à l’âge de 12 ans. Il conduit deux croisades (VII et VIII). En 1260, il fonde le grand béguinage de Paris qui est directement sous sa protection et dont il confiera la première direction à une « Magistra » flamande, Agnès de Orchies. Ce béguinage qui sera fermé en 1471, pouvait accueillir environ 400 femmes, veuves ou jeunes célibataires.

Louis MASSIGNON (1883-1962)
Orientaliste et théologien français, grand connaisseur de l’islam et en particulier de sa mystique. Il fut très touché par la béguine Christine de Sint Truiden (+1224), sainte d’après Massignon , bienheureuse d’après Pie IX (en 1857). À l’invitation du père Van Straeten, recteur des Rédemptoristes qui conservent les reliques de la sainte et desservent le sanctuaire de Steenart, il prépare à l’occasion du 7ème centenaire de la mort de Christine une étude et une conférence qui aura lieu le jeudi 24 juillet (date de sa mort) 1924. Ce texte sera ensuite publié dans La Cité chrétienne et dans un volume d’hommage en 1950. La figure de Christine touche Massignon à des degrés divers, personnels et spirituels. Dans le liminaire de Gedenkboek publié en 1950 figure la mention suivante : « M.Massignon professeur au Collège de France, qui en 1924, lors du 7ème centenaire de la mort de sainte Christine avait demandé de pouvoir glorifier la sainte en reconnaissance de la grâce de sa conversion qu’il attribue à notre Vierge de Saint-Trond » (p.350) Sur le plan scientifique et spirituel, le texte approfondit sa réflexion sur les thèmes de la substitution, de l’oblation réparatrice de « victimes spéciales » et permet à Massignon de « polémiquer » sur les thèmes du miracle et des phénomènes surnaturels. (Source : MASSIGNON Louis, Ecrits mémorables, Tome I, Laffont, Paris, 2009)

Mario SENSI ( 1939 – 2015)
Il nait à Assise en 1939, il est ordonné prêtre en 1963 et peu après il est nommé curé de la paroisse de Colfiorito. Docteur en théologie (1967) puis docteur en philosophie (1970), en octobre 1988, il est nommé professeur de la chaire d’histoire de l’Église à l’Université pontificale du Latran, devenant, en 2002, professeur d’histoire de l’ église ancienne et médiévale. Depuis octobre 2009, il a été professeur émérite. Avec une minutieuse expertise, il a mis en évidence dans l’histoire une multitude de communautés béguinales (bizzocali) de l’Italie centrale. Nous lui devons les monographies les plus complètes de ces expériences, nées «d’une étude solitaire, lente, silencieuse et inlassable», comme le dit sa grande amie Romana Gurnieri. Le travail, en deux volumes, qui résume son œuvre est « Mulieres in Ecclesia ». Storie di monache e bizzzoche, Centro italiano di studi sull’alto medioevo, Spoleto, 2010
Dès les années 1960, Mario Sensi, alors jeune séminariste de vingt ans, découvre l’étrange XIIIe siècle et explore diverses archives paroissiales et diocésaines, faisant ressortir d’un épais brouillard, un paysage fascinant, habité par une foule de figures féminines mineures … toutes liées entre-elles par une émouvante « solidarité » de genre, attestée par d’innombrables legs, donnés par des femmes riches en faveur d’autres femmes plus pauvres qu’elles, et pieuses les unes et les autres « (Guarnieri, p. 408). En Ombrie, elles étaient vraiment beaucoup. Il a également été un animateur dynamique de l’Association archivistique ecclésiastique.

Pierre de DACIE (entre 1230-40 – 1289)
Il est l’un des plus importants auteurs en langue latine de la littérature suédoise. Pierre nait à Visby (ile de Gotteland) entre 1230-1240. Vers 1250 il entre comme novice au couvent des frères prêcheurs de sa ville natale (le terme « dominicains » n’est apparu qu’au XVIe siècle), où il prononcera ses vœux. Il est de tempérament neurasthénique, avec une personnalité vouée à la rigueur de la discipline dominicaine. La rencontre avec la béguine Christine de Stommeln en 1267 à Cologne, où il se trouve pour achever ses études auprès du Studium fondé par Albert le Grand, va bouleverser sa vie spirituelle.
Le 20 décembre 1267, introduit par le frère Walter, il va rendre visite à cette béguine qui connait extases, hallucinations et stigmates. Entre 1267 et 1269, Pierre rencontre Christine 13 fois et ensuite il part étudier à Paris chez Thomas d’Aquin où il restera plus d’un an et de là il démarrera une correspondance qui s’achèvera seulement à sa mort. Revenu de Paris il la rencontre une 14ème fois le 29-09-1270. Il rentre en Suède où il enseigne la philosophie et la théologie et sera prieur dans l’un ou l’autre monastère.
Profitant d’un voyage à Cologne où il s’est rendu pour soigner ses troubles cardiaques il rendra une 15ème visite à Christine qu’il essayera par trois tentatives de faire venir en Suède.
Une dernière visite aura lieu en 1287 à son retour du chapitre général de Bordeaux. En 1288 sa santé décline. Il meurt pendant le Carême 1289. Christine lui survivra pendant 23 ans. Pierre a écrit la Vie de Christine, fait les récits de ses visites, et recueille 38 lettres échangées par les deux (ceux de Chrsitine sont dictées à ses confesseurs).
La relation avec Christine l’aida à surmonter sa mélancolie naturelle et à exprimer une forme de lyrisme, plus inspiré par les psaumes que par la poétique courtoise. Ernest Renan s’est intéressé à cette « idylle monacale », joyeux de l’amitié spirituelle.

Robert de SORBON (1201-1274)
Fils de paysans, il nait dans une petite commune des Ardennes. Il est élevé au sacerdoce, reçu docteur et pourvu d’un canonicat dans l’église de  Cambrai. Ses sermons et ses conférences lui valent une certaine réputation et le roi saint Louis le choisit comme chapelain, et peut-être comme confesseur. Il est le fondateur de la  Sorbonne où des étudiants séculiers en théologie pouvaient étudier sans être en prise à des difficultés matérielles. Le roman La nuit des béguines  nous apprend que Robert de Sorbon tenait des sermons dans le grand béguinage de Paris et prenait la défense des béguines. L’historien Grundmann écrit que « À la moitié du XIII siècle, à l’Université de Paris, deux théologiens enseignaient l’un à coté de l’autre : l’un, Robert de Sorbon voyait les Béguines et les Papelards comme des personnes très pieuses, qui du fait de leur piété authentique et fervente étaient méprisées et déridées par les amateurs d’une vie mondaine ; l’autre, Guillaume de Saint Amours, opposant fanatique de tout le mouvement pour la pauvreté, lançait des insultes enflammées et des insinuations pleines de dérision contre les Béguines et les Papelards »
(Grundmann, Movimenti religiosi nel medioevo, Il Mulino,1974 p.339)

Thomas de CANTIMPRE (+1272)
Plus jeune de Jacques de Vitry d’une génération, Thomas di Cantimpré nait a Bellingen, dans le Brabant flamand (sud de Bruxelles) autour de 1200. Enfant d’une famille noble, destiné à être prêtre, il est envoyé à l’âge de 6 ans à l’ Abbaye de Cantimpré et suit des cours à l’école capitulaire de la cathédrale jusqu’à ses 17 ans où il est agrégé officiellement à cette communauté de chanoines réguliers et reçoit l’ordination sacerdotale en 1223. L’entrée de Thomas chez les dominicains marque, en 1232, une étape nouvelle :  il prend l’habit au couvent de Leuven où il vivra la plupart du temps, à l’exception de brefs séjours à Paris, Trèves et Cologne. Selon l’esprit dominicain le nouveau religieux reprend immédiatement ses études : à Cologne auprès de saint Thomas d’Aquin et d’Albert Le Grand à Paris au couvent de Saint-Jacques. Il revient en 1246 à Louvain où il exerce les fonctions de sous-prieur et de lecteur, puis de prédicateur général pour une région qui couvre une partie de l’Allemagne, de la Belgique et de la France. Prêcheur bilingue, il parcourt les Flandres de est à ouest et aussi la France pour prêcher contre les Albigeois.  Il meurt un 15 mai sans doute  vers 1270-1272. On lui doit plusieurs hagiographies de béguines (Béatrice de Nazareth, Christine de St Trond, Marguerite d’Ypres, le supplément à la Vie de Marie d’Oignies…)
Mais le plus célèbres de ses ouvrages reste Le livre des Abeilles. traité de religion et de morale pratique dans le cadre d’un développement allégorique sur les abeilles. On y cueille des détails en anthropologie, zoologie, botanique, minéralogie, astronomie, astrologie  et météorologie.