Portraits des béguines

In Breda beguinage

Célèbres ou pas, dans ce répertoire figurent toutes les béguines dont j’ai trouvé une trace. Nous rendons notre hommage à toutes ces tisserandes du mouvement béguinal.

Parfois les contours de leur engagement ne sont pas bien précis ou peuvent se transformer dans le temps, car la vie elle-même est mouvante et les modalités du choix béguinal multiples. De plus, des éléments laïcs et religieux s’entrelacent et des pressions ecclésiastiques extérieures s’exercent.

Chaque béguine ci-dessous mentionneé a ou aura, dès que possible, un brève biographie que vous retrouverez en cliquant sur son nom. Lorsque possible, un lien bleu vous envoie vers une description plus étoffée de leur vie. Sont marqués en rouge les traits qui nous autorisent à les considérer béguines ou proches du mouvement béguinal. Quelques biographies ont été rédigées par d’autres personnes que je remercie pour leur généreuse collaboration. Dans ces cas, leur nom est signalé.

Sont ici réunies des béguines traditionnelles, tout comme des modernes décédées, car toutes appartiennent à la même histoire. La liste sera toujours incomplète car cette mémoire est à construire, mais déjà avec celles qui sont là, nous sommes en bonne compagnie. Les voici :

Agnès d’ANTHÉE (XIVe)

Aleydis VAN KAMERIJK  ( de CAMBRAI ) (+1235)

Alyt BAKE ( 1415-1455 )

Angela da FOLIGNO (1248-1309)

Angelica BONFANTINI (+1244)

Angelina di MONTEGIOVE (1357-1435)

Anna VAN SCHRIECK (Anversa, + 1688)

Anna CORDEYS (Dienst e Lovanio, +1720)

Béatrice de NAZARETH(+/-1200-1268)

BLOMARDINNE (+ 1355)

Caterina da BOLOGNA (1413-1463)

Cecilia FERRAZZI(1609 – 1684)

Chiara da MONTEFALCO (1268-1308)

Chiara da RIMINI (1282-1346)

Criste TSFLPGHELEERE (XVe )

Christina EBNER (1277-1356)

Cristina di MARKYATE (1096-1115)

Christine COUCKE (XVe)

Christine de SINT-TRUIDEN (+/- 1160-1224)

Christine de STOMMELN (1242-1312) (de Stumbele ?)

Clusin ou Claesinne NIEUWLANT (Gent, + 1611)

COLETTE (+/- 1381-1447)

Dorothée de MONTAU (1347-1394)

Douceline de DIGNE(+/-1214/15 et 1274)

Elizabeth de BERG (XIIIe)

Sainte Elisabeth d’HONGRIE

Elisabeth de SPALBEEK (1246–1304)

Elisabeth de THURINGE (1207-1231)

Eve de SAINT MARTIN (1190-1265)

Francesca ROMANA al secolo Ceccolella Bussi , (+1440),

Gertrude RICKELDEYof ORTENBERG (+ 1335) and Heilke of STAUFENBERG (+ dopo il 1335).

Gertrude VAN OOSTEN(+ 1358)

HADEWIJCH (+1250 ca)

Ida of GORSLEEUW (+ dopo il 1262)

Ida van LEEUW (+ 1260 ca)

Ida de LOUVAIN + 1300

Ida de NIVELLES (1197-1232)

Isabelle DEWIT (XVIIIe)

Ivana CERESA (1942-2009)

Ivette ou Jutta de HUY (1157-1228)

Jeanne d’ARC (1412-1431)

Joan d’ANTHÉE (XIVe)

Julienne de CORNILLON (1193-1258)

Julienne de NORWICH (1342 – 1413)

Jutta de LOOZ (ou de Huy) (+ 1227)

KATELINE (XIVe)

Katherina VANDER HULST (XVe)

KATREI Soeur (XIVe)

Linke DOBBE (XVIe)

Lutgarde de TREVES (+1231)

Lydwine de SCHIEDAM (1380-1433)

Margherita di CORTONA

Maria Bendetta di CARIGNANOe Maria Angela CANAL (XV° secolo)

Maria VAN HOUT (+1547

Marie di GREZ(+1271)

Marie d’OIGNIES (1177-1213)

Marie PETYT (1623-1677)

Marcella PATTIJN (1920- 2013)

Marcella VAN HOECKE (1908-2008)

Margherita d’ARLON (+1414)

Marguerite PORETE (+1310)

Marguerite d’YPRES (+1234 o 37)

MATTEKEN (XVe)

Mechthild de MAGDEBURG (1208/10 – 1282)

Odile de LIÈGE (+1220)

Philippinne de PORCELLET (Marsiglia)

Rita da CASCIA (1381-1457)

Romana GUARNIERI (1913-2004)

Sofia del fu BARTOLO

SPARRONE (Aix en Provence)

Uda (o Oda) da THORENBAIS (XIIIe)

Ysabiaus de WARLAING (XIVe)

Abbaye de Fontevraud

Angelica BONFANTINI (+1244)

Aux environs de 1190, elle décide de quitter sa famille aisée (père Caicle di Bonfantino – mère Bologna) et de se retirer en ermite sur un terrain du Colle della Guardia donné par la famille. Dans les années qui suivent autour d’elle se forme une communauté et en 1194, l’évêque de Bologna, Gerardo Ghisla, sur ordre de Celestino III, pose la première pierre de celle qui sera l’Église de San Luca. Peut parler d’Angelica comme d’une béguine? À mon avis, oui.
Dans 101 donne che hanno fatto grande Bologna » (“101 femmes qui ont rendu Bologne grande) (ed Newton Comptoir Editori, 2012), Serena Bersani écrit à pag.25 qu’ “il n’est évident dans quel cadre institutionnel religieux se soit placée Angelica. Certes, elle n’a pas professé des vœux, mais c’était une femme qui avait choisi la vie religieuse, vouée à l’ermitage et ensuite à la constitution d’une forme communautaire de type cénobite. Bien que n’appartenant pas à une structure religieuse institutionnalisée, elle eut toujours l’approbation du siège apostolique et de l’évêque de Bologne ». Nous apprenons aussi que deux ans après avoir reçu de sa mère les terrains en cadeau, Angelica décide de les offrir aux chanoines de Sainte Marie de Rhin, « en se gardant à vie l’usufruit à condition que ceux-ci l’aident à bâtir l’église et le monastère qui auraient par après accueillis les chanoines eux-mêmes ». L’acte fut passé chez le notaire le 30 juillet 1192. Rapidement après des querelles commencèrent et Angelica grâce à une bulle papale parvint à faire partir les chanoines. Les propriétés passèrent ainsi au Saint-Siège. Après le décès du père, la mère acheta d’autres terrains sur la colline et son exemple fut suivi par l’autres bienfaiteurs bolognais. Au moment de la mort d’Angelica déjà âgée, l’église et le monastère étaient bien consolidés et prêts à se muer d’une communauté érémitique à une monastique.

Angelina da MONTEGIOVE (1357-1435)
by Anna Clotilde FILANNINO

Anna Clotilde Filannino devant le tableau de la
Bienheureuse Angelina da Montegiove

La Bienheureuse Angelina da Montegiove  est une femme d’Ombrie, qui a vécu entre le XIV et XV et qui est connue pour être la fondatrice du Tiers Ordre Franciscain cloitré. En réalité, elle a cru dans la possibilité de vivre une forme de consécration alternative à celle monastique. Elle y a cru et elle en a obtenu la reconnaissance officielle, en permettant ainsi à soi-même et à ses compagnes, mais aussi à bien d’autres femmes de sortir de l’illégalité qui pendant des décennies avait été la conditions de beaucoup d’elles. Elle a ouvert une voie à celles qui, à cause du nombre limité d’accès aux monastères féminins, ne pouvaient pas entreprendre une voie de consécration. Ces autres femmes sont pour la plupart d’Ombrie et vivent une expérience similaires à Foligno, Assise, Todi en s’entraidant mutuellement. Dans les décennies suivantes, des groupes de femmes d’autres villes de l’Italie centrale – Florence, Ascoli, Viterbo et plus tard Pérouse et L’Aquila- s’uniront. Le lien deviendra plus intense au point de les amener à la décision de fonder en 1428 une Congrégation – la Congregazione de Foligno– dont Angelina devient la ministre générale avec autorité de visiter, exhorter, transférer les sœurs d’une sororité à une autre. On est face à une réalité de femmes qui désirent vivre intensément leur vie spirituelle de la même manière que l’on retrouve dans les béguinages du nord en Europe. Leur expérience en Italie, quelques décennies.
après l’approbation, fut entravée à plusieurs reprises, car elle était considérée en opposition à la reforme promue par les Franciscains Observants de la deuxième génération. Il aura bien fallu l’humble détermination d’Angelina et de ses sœurs pour ne pas succomber et rester fidèles à l’heureuse intuition dont elles étaient porteuses

HADEWIJCH (+1250 ca)
by Alessia VALLARSA

Hadewijch by Christine Daine,
Clarisse de Belgique

Sur la figure historique d’ Hadewijch on avance encore dans l’incertitude : son œuvre contient peu de notices biographiques et il n’existe aucune Vita qui lui soit dédiée. La langue brabantine de ses écrits la situe dans le duché du Brabant, à Anvers d’après une tradition tardive, ou peut-être à Bruxelles. On considère qu’elle ait vécu autour de la moitié du XIII, mais d’autres disent au début du XIV. Il ne nous reste que son œuvre : 31 lettres en prose et 16 en rime, 45 chansons et 14 visions. Dans la littérature néerlandaise Hadewijch tient une place d’honneur en étant l’une des toutes premières auteures grâce auxquelles, fait exceptionnel, la prose et la mystique font leur entrée dans la littérature. Femmes-mystique-prose : on a souligné que ce lien n’est pas un hasard. Hadewijch parla de Dieu en néerlandais vernaculaire, pas en latin. Par une opération créative et audacieuse le langage de la mystique sortit du milieu des chanoines et fur reformulé en vulgaire. Très probablement Hadewijch fut une béguine, forme de vie religieuse surgie au sein du vaste mouvement religieux féminin qui florissa grandement dans les territoires du Brabant et dans le diocèse de Liège. H. Grundmann a mis en évidence comme la naissance de la littérature spirituelle en langue vulgaire est directement reliée au développement de ce mouvement féminin. De ses écrits  il émerge qu’Hadewijch fut conseillère d’un groupe d’amies qu’elle exhortait à vivre radicalement pour la minne, le noble Amour, seul grand thème de la vie, métaphore des relations entre les amants, donc aussi entre une femme et Dieu. Pour cela, elle écrivit pour elles des lettres, des chansons et des visions, des œuvres qui révèlent sa famililarité avec la Bible, la patristique, les mystiques du XIIe et la poésie de l’amour courtois dont elle a adopté, surtout pour les chansons, le style, les thèmes et, découverte récente, les mélodies : elle a parlé de l’amour courtois pour parler de l’amour mystique. Ainsi elle sollicitait une amie : «  Fais de la sorte qu’il ne te suffise rien de moins que la minne »

Ivana CERESA (1942-2009)

Ivana Ceresa nait en 1942 en province de Mantoue, ville où elle habitera par après jusqu’à sa mort, en 2009. Elle, qui dès ses études supérieures aurait voulu devenir théologienne, devra attendre les retombées du Concile Vatican II avant de pouvoir accéder en tant que femme à la faculté de théologie, inaccessible aux femmes jusqu’aux années 70. Elle enseigna donc les lettres avant de devenir théologienne. Son livre « Dire Dio al femminile” (Parler de Dieu au féminin) a été pour plusieurs femmes une prise de conscience du sens de la différence de genre et de la nécessité d’une sortie du patriarcat. Ivana se définissait une béguine et disait : « je suis la béguine de tous les temps, car je suis une béguine un peu en incognito…J’aime à la manière des béguines, de manière anticonformiste et aussi un peu transgressive » (Ivana Ceresa, L’utopia e la conserva, Tre Lune Edizioni, Mantova, 2011). Son amitié avec l’historienne Romana Guarnieri, qui en 1946 a identifié le livre de Marguerite Porete, et avec Luisa Muraro, grande studieuse du mouvement béguinal, a renforcé cette identification. Elle disait « être béguine aujourd’hui c’est continuer le choix de ces femmes, c’est-à-dire vivre dans le monde sans être du monde ». (3) . En 1996, Ivana réalise son œuvre la plus importante : la fondation de l’Ordre de la Sororité de Sainte Marie Couronnée, reconnu par l’évêque de Mantoue, Egidio Caporello, le 18 mars 2002. Dans l’introduction à la Règle de l’Ordre de la Sororité, Ivana se réfère aux béguines du Nord. Tout comme les béguines exprimaient une forte liberté féminine par l’autonomie et l’indépendance à l’égard du contrôle masculin, aussi bien ecclésiastique que civil, de même la Sororité affirme : «  Nous sommes des femmes convoquées par l’Esprit Saint pour rendre visible la présence des femmes dans l’Église et dans le monde ».

Soeur KATREI (XIVe siècle)

« Voici l’histoire de sœur Katrei, fille (spirituelle ndr) de Maître Eckhart à Strasbourg » (p.11) « avec ces mots énigmatiques s’ouvre un texte du XIVe siècle, écrit en Moyen-haut allemand, inclus par Franz Pfeiffer dans le volume consacré à Maître Eckhart. Mais qui est-elle soeur Katrei? Marco Vannini, curateur de l’édition italienne, suppose que Katrei était probablement une béguine, très inspirée par la pensée d’Eckhart et qui pour finir, même si humble fille, dépassa même le Maître par la radicalité de ses conclusions. Peut-être parce qu’il était plus qu’elle «inquiet de sauver la compatibilité avec l’institution ecclésiastique» (p11), argumente Marco Vannini. Béguine du fait que Katrei pouvait opérer librement ses choix, déménager sa résidence et être indépendante de toute autorité. L’appellatif de sœur intervient peut-être pour indiquer son appartenance au mouvement du Libre Esprit, auquel Eckhart s’était également intéressé. Pour cela, il a été accusé d’hérésie et convoqué en procès, mais il est mort pendant le voyage entrepris pour aller se justifier auprès du pape lui-même.
Strasbourg avait alors 85 maisons de béguine et Cologne 169. Lieux bien connus et également fréquentés par Maître Eckhart, surtout durant son mandat de Vicaire général de l’Ordre (depuis 1314) à Strasbourg, mais aussi à Cologne, où il enseigne dans le Studium dominicain peut-être à partir de 1324. Dans sa profonde expérience spirituelle, recueillie dans le manuscrit ci-dessus, Katrei arrive à la conclusion de pouvoir atteindre un état stable de la grâce (bewerung en allemand), l’union permanente avec Dieu. Non pas le Dieu (got) déterminé de ldiverses manières, par les diverses religions, mais la Divinité sans nom (gotheit), fond sans fond, dont on ne peut pas s’approprier. Cela passe par «cette disparition complète … cette annihilation complète qui inclut nécessairement les liens et les contenus religieux» (p.17). Source : Pseudo Master Eckhart, Diventare Dio. L’insegnamento di sorella Katrei, a cura  di Marco Vannini, Adelphi edizioni, Milano, 2006

Marie d’OIGNIES (1177-1213)

Marie naît à Nivelles (Belgique) en 1177 de parents nantis qu’elle déçoit bien rapidement à cause de son indifférence à l’égard des robes et des bijoux. Tout en connaissant bien le monde cistercien, elle ne veut pas devenir moniale. À 14 ans les parents l’obligent à marier Jean, lui aussi issu d’une famille aisée de Nivelles. Aussitôt après le mariage, enfin à l’abri de l’orbite parentale, Marie entreprend des intenses pratiques ascétiques de jeûne, de prière et de charité. Quelques mois après le mariage Jean vit une conversion qui le rapproche de Dieu. Ensemble ils se décident pour une « vie apostolitque » qui comporte aussi des relations conjugales comme frère et sœur, sans relations sexuelles. Ils quittent leur maison à Nivelles et rejoignent une communauté informelle de vie apostolique pas très loin, à Willambroux, laquelle vit près d’une léproserie. Ils y resteront durant 12 (ou peut-être 15) années. Le frère de Jean, Guido, est le chapelain de l’église locale et directeur spirituel de cette communauté.
Aves les autres membres de la communauté, Marie et Jean nourissent et soignent les lépreux, mais aussi d’autres malades et des pauvres, instruisent les enfant, offrent une formation religieuse et prient ensemble. Marie devient une « sainte vivante ». Beaucoup de gens parlent d’elle et veulent la voir. Elle est réputée avoir une prière efficace, elle sait lire dans les âmes, en reconnaissant même leur état de salut ou de péché et elle les invite à la repentance. Trop dérangée par des foules qui arrivent de la ville et des environs, en 1207 elle se retire dans les environs du prieuré de St Nicolas à Oignies, en vivant en récluse, dans une cellule à coté du chœur de l’église, une vie de jeun et de prière, mais en élargissant aussi des conseils spirituels. En 1208, elle connait Jacques de Vitry, un chanoine venant de Paris pour la rencontrer et devenir éventuellement son disciple. Marie l’incite à retourner à Paris, où il est ordonné prêtre en 1210, et puis de revenir à Oignies pour servir les lépreux et les nécessiteux. Marie devient sa “magistra”, inaugurant ainsi une forte complicité spirituelle grâce à laquelle ils ont été l’une pour l’autre un guide mutuel. Marie est aussi rappelée pour le don de prophétie et pour sa prédication, un apostolat adopté par les béguines du moins tant que Grégoire IX ne l’interdise en 1228. Elle est connue pour ses jeûnes impressionnants, le dernier desquels dura 53 jours : au moment de sa mort à l’âge de 36 ans, elle pesait 33kg. Cependant, contrairement à ce que l’on lit par ici et par là, elle n’a pas reçu des stigmates. Elle est si honorée au point d’être considérée la « première béguine », du fait aussi qu’autour d’elle se constitua la première communauté béguinale historiquement documentée. Elle meurt le 23 juin 1213, et ce jour elle est commemorée dans le Martyrologue chrétien. À l’occasion du premier dimanche après le 23 juin, une procession part de l’église Notre Dame de Oignies avec ses reliques.
Après sa mort on parla beucoup d’elle : il semblerait que même François d’Assises était un de ses admirateurs et que Grégoire IX  (pape du 1227 au 1241) « s’arrêtait de blasphémer uniquement quand il portait à son cou le doigt de Marie d’Oignies » comme curieusement rapporté par l’historienne Chiara Frugoni (Vita di un uomo: Francesco d’Assisi (Life of a man: Francis of Assisi), Einaudi, p.44).

Rita da Cascia (1381-1457)

The first image of the Saint Rita (1457)

Épouse, mère, ensuite veuve et enfin moniale augustinienne : celles-ci sont les successives étapes qui habituellement décrivent la vie de Sainte Rita da Cascia. Toutefois, la recherche pointue de l’historienne Lucetta Scaraffia avance une nouvelle hypothèse à propos du monastère de Sainte Marie Madeleine, là où Rita fut accueillie, lequel était probablement une maison de béguines. Ainsi écrit l’historienne : « Aussi le monastère de Sainte Marie Mdeleine était probablement une maison de bizzoche (béguines de l’Italie centrale ndr) ensuite passée sous le contrôle de Augustiniens. Le nom lui-même renvoie à une vie de pénitence plutôt que de retrait du monde, et la présence de la confrérie de la Très Sainte Annonciation dans l’église  homonyme, anciennement liée au monastère, semblent confirmer cette hypothèse ». Et encore, Lucetta Scaraffia affirme que « Même si la visite effectuée au Monastère en 1465 évoque la règle augustinienne, nous savons que, dans bien des cas, l’introduction de cette règle constituait une simple clause de régulation, nécessaire pour l’approbation de l’évêque, mais elle ne correspondait pas à une dépendance vrai et effective de cette institution. Des cas semblables ont été enregistrés dans la vallée de Spoleto où sur treize fondations féminines nées à la fin du XIIIe siècle, seulement sept furent institutionnalisées par les évêques, dont six déclaraient suivre la règle augustinienne, mais encore après le Concile de Trente les visitateurs apostoliques en dénonçaient la situation béguinale des femmes qui les composaient » (Lucetta Scaraffia, La santa degli impossibili, Vita e pensiero, Milano, 2014, p.108-109).

 

Romana GUARNIERI (1913-2004)
by Luisa MURARO

Romana Guarnier

Romana était une chercheuse passionnée et extraordinairement généreuse de soi, comme reconnaissent tous ceux qui l’ont approchée. En parlant avec elle je me étais aussitôt rendue compte que j’avais trouvé en elle la dépositaire des richesses, que je venais juste d’entrevoir, de la théologie mystique féminine, protagonistes d’une période admirable de la civilisation européenne, entre le bas Moyen-âge et l’aube de le modernité. Elle les avait accumulées durant les années, les avait assimilées avec une participation intime et à présent elle les mettait à ma disposition. La nôtre a été une longue rencontre, rythmée par des séjours réguliers dans sa maison, par des longues conversations et par quelques excursions extra moenia. Tout a été beau, rien n’a été facile, juste comme cela devait être. Romana me parla, pour commencer, de son amitié avec don Giuseppe De Luca, de sa conversion à l’Église catholique et de leur intense collaboration dans la maison d’édition qu’ils avaient fondée ensemble. J’ai appris à la connaître. Elle n’adoptait jamais les formules de la courtoisie conventionnelle ni d’autres extériorités, mais de l’intériorité. Elle le faisait en restant toutefois connectée à son interlocutrice, à preuve d’une force et d’un calme qui se nourrissaient mutuellement. Romana avait un don spécial, elle aimait les âmes. En déhors des arguments d’étude, si elle n’était pas sollicitée, elle ne parlait pas de religion, mais elle avait toujours une fenêtre ouverte sur le ciel.  Au centre de sa conversation et de sa foi Romana mettait l’amitié et l’amour de Jésus, elle l’appelait proprement ainsi. Interrogée par moi, elle me dit qu’ils étaient supérieurs à l’amitié et à l’amour qui la liaient à don Giuseppe De Luca, l’homme qui oeuvra à la rencontre avec son Jésus. Sans aucun doute elle était sincère. Je pense aussi que, pour autan surprenant, cela était bien vrai. Je le pense car elle a donné preuve de la supérieure fidélité à cet amour surnaturel dans l’amitié même qui la lia à l’homme sans que jamais cela ne devienne un attachement ni encore moins une dépendance. Oui, elle était une femme libre et elle l’était grâce à Dieu. Elle était béguine.

Pour lire l’entièreté du texte envoyé par Luisa Muraro cliquez sur le link: Romana Guarnieri testo completo

 

 

Béguinages historiques

Enghien

Enghien

Gent, Ste Elisabeth

Gent, Ste Elisabeth

Breda

Breda

Turnhout

Turnhout

Sint Truiden

Sint Truiden

Herentals

Herentals

Aujourd’hui seule la Belgique conserve encore un nombre significatif de béguinages et depuis 1998 treize d’entre eux ont été classifiés par l’UNESCO comme patrimoine mondial de l’humanité. On en trouve aussi deux aux Pays Bas, à Amsterdam et à Breda, et en un France, à Cambrai, et quelques traces dans les Flandres françaises.
Le reste est uniquement ouvre de reconstruction historique et cartographique.

Béguinages et leurs traces en Belgique

Ce que couramment nous appelons « béguinage » s’est imposé dans les Flandres (aujourd’hui Pays-Bas et Belgique) à partir de 1240 comme principale forme communautaire de la vie béguinale.  On constate que là où les béguinages sont devenus des paroisses, ils ont eu plus de garantie de continuité. C’est l’une des raisons pour lesquelles, bien que les premiers groupes de béguines soient nés dans le diocèse de Liège, c’est surtout en territoire flamand de Belgique qu’il en reste aujourd’hui des traces importantes.

Leuven -Petit béguinage

Toutefois rappelons-nous que les lieux de vie des béguines ont été multiples : près d’un monastère ou d’une léproserie, dans des maisons contigües dans une même rue, dans des ermitages proches jusqu’à des formes de vie solitaire dans une cellule ou au sein de sa propre famille et même une vie errante, rapidement interdite par l’Église.

Nous présentons ici les béguinages historiques. L’état de la recherche étant encore très incomplet, la réalité du monde béguinal, encore trop enfouie, est certainement supérieure à celle ici présentée.
Pour l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la Hollande, l’Italie et la Suisse des information plus détaillées sont disponibles ci-après.
Pour connaÎtre les béguinages modernes, veuillez cliquer sur le mouvement béguinal aujourd’hui.

en Allemagne
Kartographische Darstellung
Frank-Michael Reichstein

À partir des années 80 on redécouvre la présence béguinale historique grâce à des études très fouillées et à une méthodologie de recherche par zone mise en place par la Fédération Dachverband der Begine Cela a permis d’identifier un nombre impressionnant de localisations béguinales comme on le voit dans la cartographie réalisée par Frank-Michael Reichstein, présentée dans le site de la Fédération (Kartographische Darstellung aus:Frank-Michael Reichstein: Das Beginenwesen in Deutschland. Berlin 2001).
L’interview de Brita Lieb parue dans  Neue Wege 7.8.2018 offre un panorama de la recherche historique en Allemagne et dans d’autres pays européens.

en Belgique
Leuven, Groote Beguijnhof
(photo : Renaud Hanriot, 1994)

Les plus récents travaux de Pascal Majérus ont recensé 300 béguinages en Belgique,  avec des connotations différentes entre la Flandre et la Wallonie. Pour la plupart fondés entre 1230 et 1280 – le XIII siècle étant le siècle d’or du mouvement béguinal- une trentaine d’entre eux  ont survécu aux destructions. Parmi ces derniers, seulement deux se trouvent en Wallonie (Liège et Enghien), deux en région Bruxellois (Anderlecht et Bruxelles) et 26 en région flamande ainsi répartis : province d’Anvers (Anvers, Herentals, Hoogstraten, Lierre, Malines (grand béguinage et petit béguinage) et Turnhout; province de Limbourg : Borgloon, Saint-Trond, Tongres et Hasselt; province de Flandre orientale: Alost, Termonde, Gand (grand béguinage, petit béguinage et béguinage de Mont-Saint-Amand-lez-Gand) et Audenarde; province de Flandre occidentale: Bruges, Dixmude et Courtrai.

en Espagne
Retable de l’autel, église de S.Antoine, Barcelone,
Jaime Huguet, siècle XV

Grâce au Centre de recherche des femmes de l’Université de Barcelone nous disposons de renseignement sur le mouvement béguinal en Espagne et particulièrement en Catalogne, avec le célèbre « reclusorio de Santa Margherita »

 

en France
Belfort

36  béguinages, surtout dans le Nord, parmi lesquels Aire sur la Lys, Bailleul, Beaune (au service du célèbre hôpital fondé par Nicolas Rolin), Cambrai, Castelnaudary, Douai, Lille, Valenciennes.
À Paris, le très célèbre grand béguinage fut fondé en 1260 par Louis IX lui-même et fut fermé en 1471. Il pouvait accueillir environ 400 femmes, veuves ou jeunes célibataires. A cette époque, Paris comptait également des dizaines d’autres béguinages mineurs. Aujourd’hui, à cet endroit historique se trouve le Lycée Charlemagne, accessible depuis la rue du même nom.  Tout près, l’ancienne église de Sain Paul et Saint Louis, déjà existante à l’époque. Non loin de là, se trouve la Place de l’Hôtel de Ville. En 1310, elle se dénommait Place de Grève et connut le martyre au bûcher de Marguerite Porete. Rien ne rappelle cet abus tragique, sinon par chance un café à un coin de la place qui s’appelle  justement « Café Marguerite ».

Going to " rue Charlemagne"

Going to " rue Charlemagne"

Entrance of the "Lycée Charlemagne"

Entrance of the "Lycée Charlemagne"

Interior courtyard

Interior courtyard

S.Paul & S. Louis Church

S.Paul & S. Louis Church

Place de l'Hotel de Ville

Place de l'Hotel de Ville

"Café Marguerite"

"Café Marguerite"


Et encore, en allant vers le sud, Belfort et puis Narbonne, Digne et Beziers. Le seul béguinage français conservé de nos jours serait celui de Saint-Vaast situé à Cambrai.

en Hollande
Breda

37 «hofjes» (courettes), la plupart détruites par les protestants. Seuls restent aujourd’hui deux très beaux béguinages : Amsterdam et Breda, qui ont été protégés par la famille d’Orange-Nassau.

en Italie
Humiliate, Monastère de Cassago

Deux filières de « vie béguinale » marquent l’Italie : au Nord, les Humiliate (surtout en Lombardie) et au Centre-Sud une multitude d’expressions de vie laïque spirituellement engagée que l’on recouvre par les termes de Bizzoche o Pinzocchere. Nous devons à la studieuse Romana Guarneri e à l’historien Mario Sensi la réalisation de très nombreuses recherche sur ces réalités.

en Suisse
Bâle (www.senzasoste.it)

D’après le médiévaliste Hans Joachim Schmidt, professeur de l’Université de Fribourg, des béguinages existaient dans les villes de Fribourg (à Romon près de Fribourg on trouve une “rue des béguines”), Einsiedeln, Lausanne, Zurich, Berne et Bâle qui est le plus connu,  avec 22 maisons de béguines au milieu du XIVeme. Parait-il qu’il y en avait même à la campagne, mais les recherches historiques sont  difficiles. (Source : émissions “A vue de l’Esprit”, RSR, radio suisse romande, par Bernard Litzler,du 23 au 27 janvier 2012).
Pour un approfondissement, voici l’intéressante allocution Beguines in Switzerland de Brita Lieb présentée durant le Beguinenreise 2018, voyage d’étude sur le mouvement béguinal en Suisse, et traduite en anglais par Gabi Bierkl. Et encore, Béguines et Bégards de Martina Wehrli-Johns disponible dans le Dictionnaire historique de la Suisse.

On en mentionne aussi l’existence en Angleterre, Autriche, Hongrie, Luxembourg, Pologne et Suède.

 

Gand, Carte du béguinage Mont Saint Amand

Les béguinages encore existants, tout en ayant des caractéristiques spatiales communes, ont chacun leur style propre. Le plus petit, celui d’Anderlecht, près de l’église de Saint Guidon, n’accueillait que huit béguines. Les plus grands, tels le Ten Hove de Leuven ou le Sainte Elisabeth à Gand, en accueillait des centaines. La proximité d’un cours d’eau facilitait le travail de lavage des draps et des laines.

La typologie spatiale des béguinages était « à carré » ou « en échiquier » ou un mélange des deux; ils sont entourés par des murs et parfois par un fossé.

Gand, petit béguinage
stuatue de St Hubert à l’entrée
(photo: Renaud Hanriot, 1994)

A la porte d’entrée, une béguine gardienne en contrôlait les accès. A l’heure de fermeture, toutes les béguines se devaient d’être rentrées et toutes les visites d’être sorties. Au dessus de la grande porte d’entrée, il y avait souvent la statue du saint patron du béguinage. Au centre s’érigeait l’église, lieu de la prière collective.

Tout autour se trouvaient les habitations individuelles à un étage avec un petit jardin et des décorations dévotionnelles qui en personnalisaient l’entrée.

Turnhout. Grotte dédiée à la Vierge Marie

Le couvent était l’habitation collective des non propriétaires et la maison de la Grande Dame était assez facilement identifiable. Il y avait ensuite l’infirmerie, la Table du Saint Esprit et divers éléments dévotionnels disséminés : chapelles, pietà, statues, calvaires pour encourager un climat de recueillement et de prière. Si le béguinage vivait de travaux agricoles, il y avait aussi une remise ou d’autres constructions à caractère économique.

Ceux et celles qui visitent aujourd’hui un béguinage historique y ressentent un sentiment d’intériorisation, de calme, de repos, dû entre-autre aux normes de construction qui ont fait de ces lieux les premiers sites d’aménagement concerté. Mais si les pierres ont elles aussi une mémoire, c’est aussi la spiritualité de ces femmes qui nous est à travers ces vestiges léguée.

Sur le net

  Sources d’information disponibles sur le web, classifiées d’après les suivantes 4 principales catégories :

Articles et livres
Blog & Facebook & Twitter
Sites d’information
Vidéos sur Youtube

Vous pouvez collaborer à rendre ce répertoir plus complet, en envoyant vos  informations à : info@beguines.info

Articles et livres (en ordre décroissant de parution)

Apolline Vranken,  Des béguinages à l’architecture féministe. Comment interroger et subvertir les rapports de genre matérialisés dans l’habitat ?
mémoire de fin Master 2 en architecture, Prix de l’Université des Femmes, 2018

AAVV, Le mouvement béguinal hier et aujourd’hui, textes en diverses langues, présentés le 23/08/2017, lors du congrès international organisé pour le 750ème anniversaire du béguinages de Breda

Milena GARAVAGLIA, Cohousing al femminile, Abitare nei beghinaggi moderni, e-book, Amazon, 2017

Silvana PANCIERA, The Beguines, Kindle Edition, Amazon, 2013

Mario Sensi, Storie di Bizzoche tra Umbria e Marche, 1995

E.T, KNUTH, The Beguines, 1992, in  http://www.users.csbsju.edu/~eknuth/index.html

 

Blog & Facebook & Twitter

Debby VAN LINDEN:  https://begijnhovenqueeste.wordpress.com

Debby VAN LINDEN: https://www.facebook.com/Begijnenhovenqueeste-Community-of-beguine-news-796709140445669/

Debby VAN LINDEN: https://twitter.com/BeguineNews

Sisters of Valley https://www.facebook.com/search/top/?q=sisters%20of%20valley

Sites d’information
Allemagne

Fondation  http://www.beginenstiftung.de
Fédération  www.dachverband-der-beginen.de
BEGINE – Treffpunkt und Kultur für Frauen e. V. – http://www.begine.de
Beginenhof in Berlin  http://www.beginenwerk.de/
Beginenhot Tännich http://www.beginenhof-thueringen.de/index.html

Belgique

Site UNESCO des 13 béguinages flamands reconnus dans la World Heritage List

Le jardin du béguinage https://www.habitat-groupe.be/acteurs-logement/le-jardin-du-beguinage

Le petit béguinage de La Lauzelle https://www.habitat-groupe.be/le-petit-beguinage
Interview sur le Petit béguinage réalisée avec l’aide d’Evelyne Simoens

Begijnhof van Turnhout www.vriendenbegijnhof.be (signalé par M. Hugo Vanden Bossche)

France

Agence Vivre en béguinage www.vivre-en-beguinage.fr
La Maison des babayagas www.lamaisondesbabayagas.eu

Italie

Metter in ordine la differenza: l’esperienza della Sororità di Mantova, http://www.iaphitalia.org/images/sororita.pdf

Pays Bas

Begijnhof van Breda :  http://www.begijnhofbreda.nl/

Reste du monde

http://begine.wordpress.com/ site en langue allemande peu actualisé qui recense des expériences de femmes qui vivent ensemble dans le monde

Sisters of Valley https://www.sistersofcbd.com
Giovanni Drogo, Sister of the Valley  https://www.nextquotidiano.it/suore-cannabis-terapeutica-sister-of-the-valley/

Vidéos sur Youtube

Les Béguines  http://www.youtube.com/watch?v=Bm5EzC-x_MU

Textes papier

Articles et livres en ordre alphabétique par auteur. Si un link est relié au titre, cela signifie qu’une brève synthèse ou le texte entier sont disponibles.

Vous pouvez collaborer à rendre cette liste plus complète, en envoyant d’autres références bibliographiques à : info@beguines.info

Sr Felicitas, Béguinage de Bruges
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Le mouvement béguinal aujourd’hui

Marcella Pattijn
(Béguinage de Kortrijk-Courtrai)

Avec le décès de la dernière béguine au monde, Marcella Pattijn, le 14 avril 2013, dans le home Sint-Jozef à Kortrijk (Belgique), l’épopée historique du mouvement béguinal touche sa fin. Le mouvement jaillit dans la ferveur religieuse qui marqua la fin du XIIe siècle, et surtout le XIIIe, et contribua à promouvoir celle que l’éminent historien médiévaliste Raoul Manselli appelle « la deuxième évangélisation de l’Europe ».

Encore peu connu ou mal connu malgré son incisif héritage historique, le mouvement des béguines semble toutefois retrouver souffle de nos jours au travers des modernes expériences de vie communautaire qui s’en inspirent. Parfois celles-ci s’y réfèrent par leur dénomination comme par exemple Le jardin du Béguinage à Etterbeek ou le Beginenhof à Berlin. D’autres fois, elles intègrent dans la nouvelle expérience une ou plusieurs dimensions qui ont caractérisé la vie même des béguines historiques.

Nous allons répertorier par zone géographique les actuelles initiatives qui s’inspirent du mouvement béguinal :

En Allemagne
En Autriche
En Belgique
En France
En Italie
Ailleurs dans le monde

 

 

Informations actualisées à juillet 2017